Presse

Magistral et bouleversant

L’après-midi à Saint-Sauveur se termine avec Martin Jaspard (photo), 20 ans, élève d’Hortense Cartier-Bresson au CNSMDP, qui a obtenu l’an passé le 1er Prix du Concours Brahms de Detmold. Un passage un peu trop rapide à Angers au Festival Pianopolis, où le jeune artiste figurait dans la programmation concoctée par Alexandre Kantorow, ne nous avait pas laissé le temps de l’entendre là-bas fin mai. On s’est rattrapé à Lille. Quelle découverte. Plus, quelle révélation !

En prélude au morceau de résistance, les Tableaux d’une exposition, Jaspard enchaîne quatre pièces françaises où s’illustrent son art de coloriste et son profond sens poétique. La Pavane pour un infante défunte ouvre le récital, onirique et d’une parfaite tenue de ligne. Avec les Sonorités opposées de Debussy, la conscience que l’interprète a du matériau sonore qu’il pétrit, de sa dimension signifiante, se fait évidence, pour un résultat aussi mystérieux que pénétrant. Martin Jaspard est aussi compositeur : son Vers les cieux, plein d’élan, miroitant de couleurs, prépare idéalement au In Paradisum du Requiemde Fauré (dans la splendide transcription de Gabriel Durliat) : moment de grâce …

Alain Cochard – Lille Piano Festival 2025

Restait Martin Jaspard, à peine plus âgé. On devrait en entendre parler. Un mien confrère, grand connaisseur du piano… et des pianistes, me disait avoir entendu par ce jeune homme les plus beaux Tableaux d’une exposition de toute sa carrière de critique. Il y eut ainsi une beauté incroyable de toucher dans l’accompagnement de mademoiselle Orif, dans celui d’Oscar Hatzfeld. Mais son Moment musical opus 94 n° 2 fut incroyable, de construction, de sensiblité, d’étrangeté, avec une attention rare aux silences, qui sont la respiration d’une oeuvre et que tant de pianistes (jeunes mais aussi moins jeunes) négligent pour happer le public par une virtuosité qui, trop souvent (effet d’Internet), se met en scène. Jaspard n’a pas besoin de ça; ou plutôt il sait quand ce n’est pas nécessaire, car le génie de la musique suffit amplement.

Bertrand Renard – Jaroussky Concert décembre 25

Les récitals de Martin Jaspard en juin dernier au Lille Piano(s) Festival (1) et à Paris (aux Pianissimes, dans le tout récemment rouvert, et bien sonnant, théâtre Récamier) ont permis de juger des qualités d’un artiste de 20 ans. Elève d’Hortense Cartier-Bresson au CNSMDP, Premier Prix du Concours Brahms de Detmold l’an passé, à la fois interprète et compositeur, le jeune homme est de ceux qui s’assoient face au clavier avec un autre dessein que l’enfilage de perles. Saisissants, ses Tableaux d’une expositionmontraient un engagement, une nécessité intérieure, une intelligence dans le maniement de la palette sonore et des prises de risques qui signalaient en tempérament peu ordinaire. Les mois qui viennent offriront des occasions d’entendre Martin Jaspard en soliste, parmi lesquelles la soirée d’ouverture du 32e Festival Piano en Valois, le 4 octobre, dans des pages de Chopin, Schubert et Schumann.

Alain Cochard – Roque Anthéron 2025

Un disque flamboyant

Associer Mozart et Brahms dans un même opus et les placer en miroir. Voilà l’originalité de l’album que Martin Jaspard vient de publier et avec lequel il partira en tournée dans toute la France. Au programme la Sonate n°18 et le Rondo en la majeur de Mozart qui ouvrent et ferment l’enregistrement. Au centre les quatre ballades opus 10 et quatre pièces pour piano de Brahms jouées avec une intensité lumineuse. Martin Jaspard précise: «Mozart et Brahms incarnent à mes yeux une intégrité artistique exemplaire. Ils procurent une émotion constante. Brahms est un romantique qui s’épanche. Mozart ça pétille. Et parfois c’est l’inverse. » Ces deux aspects sont mis ici en lumière dans un rapport profond que le pianiste entretient avec ces œuvres. Ainsi une unité apparaît dans ces morceaux qui n’ont pas forcément de points communs au départ.

Jean-Rémi Barland – Martin Jaspard : Mozart et Brahms au cœur

Compositeur aussi

Amoureux de la poésie de René Char, Martin Jaspard a pour sa part puisé le texte d’ «Afin qu’il n’y soit rien changé » dans Fureur et Mystère. Un exercice un peu nouveau pour cet artiste d’à peine plus de 20 ans, mais très concluant à en juger par le sens poétique avec lequel sa partition épouse les mots, rythme et sens, merveilleusement servie par Lisa Chaïb-Auriol, avec l’auteur au clavier.

Alain Cochard – Académie Jaroussky Avril 2026

« Tout ce dont je rêvais » : à 20 ans, l’Angevin Martin Jaspard est un jeune pianiste insatiable

Marie-Jeanne Le Roux, Ouest France – Angers Grand Théâtre Octobre 2025